
Me voilà donc arrivée à l’étage de la maternité…
A priori, j’allais accoucher bientôt !
Normalement, tout devait bien se passer. Un accouchement normal. On avait fait des radios pour voir si le bébé passerait bien par mon bassin, et il n’y avait pas de problèmes.
Je me souviens de ces radios, il fallait se contorsionner, mais quand on fait près de 140 kilos, se contorsionner alors qu’on est enceinte de 7 ou 8 mois, ce n’était pas facile.
C’était la première fois que j’avais ressenti une gêne pour un examen médical !
On m’installe donc sur un lit, et on commence le monitoring.
Le monitoring, c’est un truc vachement drôle !
On installe deux sangles atour du ventre, avec deux capteurs, l’un pour le cœur du bébé, l’autre pour les contactions.
On entend donc les battements du cœur du bébé, et on mesure la fréquence et l’intensité des contractions.
Bon, des contactions, il y en avait bien, mais elles étaient totalement inefficaces !
Cela expliquait mon malaise de la veille et le fait que je me sente si fatiguée aujourd’hui.
Franck était parti depuis un bon moment chercher mes affaires, et il ne revenait pas ! Je commençais à trouver le temps long ! Les infirmières aussi d’ailleurs !
On attendait son retour depuis un long moment afin qu’il puisse me rapporter un grand tee-shirt, ou une chemise de nuit avant qu’on me branche la perf, car après, c’était compliqué.
Puis, au bout de plusieurs heures (deux ou trois), on ne pouvait plus attendre, il fallait me passer en salle d’accouchement et me faire une injection d’un produit permettant de déclencher l’accouchement de façon plus efficace.
C’est donc totalement à poil que j’ai rejoint la salle d’accouchement qui ressemblait à s’y méprendre à une salle d’opération !
Quel drôle d’endroit pour accueillir un bébé ! Un univers froid, médicalisé… alors qu’on a juste envie d’un nid douillet… Mais bon, c’était plutôt largement moins pire qu’ailleurs dans cette maternité toute neuve et super moderne.
Me voilà donc installée, on me perfuse, on replace le monitoring, et c’est parti !
Ah !!! Les premières contractions… et c’est pas drôle du tout… putain, ça fait mal !!!
Franck fini pas arrivé… En costume ?!
S’il avait mis autant de temps, c’est qu’il avait pris le temps de prendre une douche, de se peigner, se raser, et de s’habiller en costume, cravate, etc.
Lorsqu’il est arrivé dans la salle d’accouchement, tout endimanché, et avec sa blouse et ses chaussons en papier bleu, j’étais morte de rire !
Je lui demande pourquoi il s’est habillé comme ça, et il me dit qu’il devait se faire beau pour accueillir sa fille ?!
A donc commencé une longue attente… Il était 17-18 heures.
On y était ! J’allais avoir un bébé !!!
J’étais plutôt zen, je n’avais pas peur.
En revanche, j’avais mal.
Respirer, souffler, faire le chien… Tout ça, c’était bien gentil, mais moi j’avais mal.
Franck essayait d’en rire avec moi, pour me détendre !
Ce foutu appareil qui servait à mesurer les contractions était devenu mon ennemi.
Entre chaque contraction, l’affichage était à zéro, et puis, plus la contraction était puissante, plus il montait… je voyais les chiffres grimper, j’avais mal, et je me demandais quand ça allait s’arrêter !!!
Franck plaisantait en me disant : bah non, là tu n’est montée qu’à 27, c’est pas beaucoup, tentes d’améliorer ton score…
Jusque là, le service avait été super tranquille, mais ce soir, nous étions trois femmes à accoucher… Rien dans la journée, et on s’étaient toutes décidées ce soir !
Une sage femme venait régulièrement me voir, et faire « l’inspection » du col de l’utérus…
Elle finit pas décider que c’était le moment de la péridurale.
Chouette !!!
On a donc demandé à Franck de sortir, puis on m’a fait m’asseoir, et on m’a enfoncé une aiguille dans le dos et injecté un produit !
C’était censé m’anesthésier tout le bas du corps ! J’attends toujours ?!!!!
Il faut dire que le travail n’avançant pas très vite, ils avaient mis la dose pour le déclencher… par deux fois !!!
Et puis, d’un seul coup, alors que j’entendais qu’il y avait déjà de l’agitation dans le couloir car une autre femme accouchait, j’ai senti un truc bizarre… Comme une envie de pousser… que dis-je, une envie, un besoin !
J’avais déjà perdu les eaux… et aux cours de préparation à l’accouchement, il nous avait bien parlé de ce moment ou on a besoin de pousser…On ne comprend pas très bien quand ils en parlent, mais là, je voyais tout à fait ce qu’ils voulaient dire !!!
J’ai donc demandé à Franck d’aller chercher quelqu’un car là, j’accouchais…
Il m’a regardé d’un air étonné, en me disant, bah attends là, ils sont occupés…
Hein, comment ça, ils sont occupés, mais je m’en fou moi, j’accouche là, maintenant ! Il faut aller chercher quelqu’un.
C’est à ce moment là, que j’ai vu les premiers signes de panique dans son regard ! Jusque là, il avait fait bonne figure, ou du moins, il avait tenté, en faisant quelques blagues, mais là, il flippait !!!
Il venait de comprendre que le bébé arrivait…
Il a donc détalé et est allé chercher quelqu’un.
La sage femme est arrivée, et a appelé du renfort en criant un peu…
C’était la panique… les produits injectés avaient fini par avoir de l’effet…
Il y a une demie heure on pensait avoir encore du temps, mais là, le bébé était là ! Il voulait sortir !!!
Panique à bord, le médecin est en train de terminer un accouchement, et rien n’est prêt pour moi !
Vite on installe les étriers, on m’installe correctement, et on commence…
Quand je vous le dis, vous poussez madame !
Euhhh, jusque là,j’avais été zen, mais là, maintenant, c’était la grande, la très grande panique.
Je n’avais qu’une envie, que ma mère soit là pour me tenir la main !!!
Tout mon corps tremblait… Ils me disaient de pousser, mais moi, j’avais mal ! Cela faisait des heures que je supportais les contractions, et leur putain de péridurale n’y avait rien changé. Je sentais très bien mes pieds, mes jambes, et mon bassin…
Je sentais aussi la tête du bébé qui ne passait pas !
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai demandé à Franck de sortir.
Ce moment me semblait très intime, et je n’avais pas envie qu’il me voit ainsi, peut- être.
Il est donc sorti, les sages femmes sont arrivées pour m’aider…
Je me revois encore hurler sur le médecin… Lui me disant : poussez madame, et moi lui répondant, mais je pousse, mais vous ne voyez pas qu’elle ne passe pas !!! Je sens que ça va me déchirer !!!
Il avait alors passé un peu de vaseline, et finalement pratiqué un épisiotomie.
Et puis, oh miracle, le bébé sort…
A ce moment là, j’ai immédiatement ressenti comme un grand vide, comme si quelque chose venait d’être aspiré à l’extérieur de moi, une grande tristesse, immense et profonde… Ce moment, aujourd’hui encore, quand j’y pense j’arrive à le ressentir presque physiquement.
A nouveau, j’étais vide à moi-même !
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