jeudi 6 septembre 2007

GROSSIR D' AMOUR (5)


Tout avait donc commencé par un rendez-vous chez un spécialiste à l’hôpital.

C’était une femme, jolie, mince, élégante… Et pas très sympathique.

Moi, d’ailleurs, j’avais rien demandé, et puis je ne comprenais pas pourquoi, alors que personne ne m’avait jamais rien dit dans ma famille, y compris mon oncle, mon médecin, pourquoi d’un seul coup, c’était tellement urgent, qu’on m’envoyait là-bas !

Je devais manquer l’école en plus, et les professeurs, informés de la démarche par ma mère, semblaient dire que c’était une très bonne chose !!!

Mais moi, j’avais rien demandé !

Il faut dire, que pour manger, c’était pas la joie.

Depuis ma plus tendre enfance, je mangeais toujours la même chose !

J’avais pourtant 13/14 ans maintenant, mais rien n’avait changé.

Pas de fruits, pas de légumes, pas de riz, pas de pâtes, uniquement des frites et des pommes de terre sautée.

Pas de viande rouge (ou alors 50 grammes très cuite), pas de viande en sauce, en fait, poulet rôti, steak haché, et escalope pannée uniquement.

Pas de poisson, à par la sole. Pas de jambon, pas de charcuterie, pas d’oeuf.

Pas de salade, pas d’assaisonnement, pas de crudité, pas de fromage, à part de la vache qui rit.

Pas de yaourts aux fruits, pas de café, pas de thé, rien avec des morceaux.

Mon plat préféré : du pain du beurre, et du chocolat !

Des bonbons, des gâteaux (pas aux fruits)…

Il a donc été décidé de m’hospitaliser durant une semaine !

Glurps, j’allais être hospitalisée loin de chez moi (alors que je n’avais jamais quitté ma famille), et je savais déjà que je n’aurais presque pas de visites !

C’est mon père qui m’a déposée un après-midi.

Je ne savais même pas pourquoi faire d’ailleurs !

On m’a installée dans une chambre où il y avait deux dames… L’hôpital était en travaux !

À côté de moi, une vieille dame qui avait été hospitalisée pour des problèmes cardiaques, et à côté d’elle une dame qui avait une jambe dans le plâtre et qui ne pouvait pas bouger !!!

La première nuit est arrivée…

En toute fin de soirée, la dame d’à côté, qui n’avait pas le droit de se lever à cause de ses problèmes cardiaques, a décidé d’aller aux toilettes seule.

Au bout de quelques minutes, sa voisine qui a entendu du bruit, s’est inquiétée et a fini par appeler les infirmiers.

Moi, j’avais rien entendu.

L’infirmière est arrivée, et la vieille dame était morte dans les toilettes.

Ils l’ont attrapée à plusieurs, et l’on mise sur son lit, à côté de moi…

Puis, au bout d’un long moment, ils ont mis un paravent en tissus entre elle et moi.

Il aura fallu plusieurs heures pour que les brancardiers viennent l’emmener… Et il n’y aura eu qu’un infirmier pour venir me consacrer deux minutes pour me demander comment j’allais…

Comment j’allais… Je ne savais pas… Bien je crois… Je ne comprenais pas ce que je faisais là, tout cela semblait si irréel !

Le lendemain matin, une équipe est venue, et à nettoyer le lit de la dame, un grand nettoyage, puis une autre dame a pris sa place…

J’avais 13/14 ans !!!

La diététicienne est venue et m’a demandé ce que je mangeais… Elle a ouvert des yeux ronds comme des soucoupes.

C’était l’époque ou le régime, c’était le régime ! On discutait pas !

Durant ma semaine à l’hôpital, j’ai mangé chaque jour :

Un bol de régilait avec de la sucrette, un petit pain, et un morceau de beurre, le matin. Un fromage blanc avec de la sucrette, et un morceau de pain le midi et le soir.

Rien de plus, rien de moins, car je ne pouvais pas manger ce qu’on me servait !

Ce n’est pas que je ne voulais pas, mais je ne pouvais pas.

J’étais incapable de mettre ces aliments dans ma bouche, c’était une phobie. Ce n’était pas un caprice, je ne mangeais rien d’autre car je ne pouvais pas le faire !

Ma mère a du venir me voir une seule fois, car elle travaillait.

Ma tante est venue me voir deux fois.

Elle m’a apporté, en douce, un blanc de poulet, et 3 biscottes sans sel !!!

On m’a fait des tas d’examens… Et puis, à la fin du séjours, on a fait le bilan.

J’avais perdu 200 g !!! On m’a dit que c’était impossible, que j’avais du manger en douce !!!

Ensuite, j’ai revu le Docteur Delas.

Inutile de vous dire que quand cette « dame » m’a proposé de me mettre au régime, ça n’a pas été facile…

Je ne pouvais manger de viande que si c’était accompagné de frites ou de pomme de terre sautées…

Du coup, on a transigé pour un peu de viande, et 5 pommes dauphines surgelées par repas, un petit morceau de pain, un truc genre vache qui rit allégé, et un yaourt nature avec de la sucrette !

Pas de gâteaux, pas de chocolat, rien !

J’ai fini par perdre du poids : environ 8 kilos en 6 mois, je crois… Ma santé aussi je crois !

Ce médecin avait également recommandé à ma mère de m’adresser à un psy.

Elle avait fait une lettre de recommandation.

Dans cette lettre, elle disait au psy qu’il devait y avoir un problème, car je lisais encore mickey (ce que faisaient certaines de mes copines de l’époque).

Je ne voulais pas y aller, et ma mère, en lisant la lettre avait estimé que cela ne serait pas nécessaire !

D’ailleurs, un psy, elle en avait déjà vu un avec moi quand j’étais petite.

Il lui aurait dit : « Madame, votre fille n’a rien, elle va très bien, elle a juste besoin de vous ! », ce qu’elle avait interprété par : c’est donc juste pour me faire chier, c’est du cinoche !

J’ai suivi ce régime 6 mois, j’ai arrêté, et on n’en a plus jamais parlé !

3 commentaires:

Muriel a dit…

Je me suis enfin decidée à m'inscrire ... Je me retrouve dans ton blog. J'ai eu mon lot de volées au martinet que ma mère me donnait pour des broutilles. Toute ma jeunesse j'ai entendu que j'étais une enfant difficile parce qu'il y avait plein d'aliments que je ne pouvais pas avaler. J'ai entre autre développé une veritable aversion pour tous les aliments qui sortent de l'eau à part les moules !! Va savoir pourquoi ?! Quant à la lecture du journal de Mickey à un âge avancé, ça me rappelle les réflexions de ma mère (encore !) sur le fait que j'étais encore une gamine parce que j'aimais regarder des dessins animés, surtout ceux de Walt Disney. J'étais sensée me plonger dans des livres très sérieux et veiller à enrichir mes connaissances en écoutant des adultes considérés très cultivés.

Francine a dit…

Mon dieu, c'est pas croyable comme je me retrouve dans tes écrits !

Mais moi, j'ai tellement peur d'ouvir les vannes ! je crois que je pleurerai à chaudes larmes, plus de 50 ans après si je devais raconter.
Ma mèère avait beaucoup souffert de la faim pendant la guerre et elle ne supportait pas qu'on ne termine pas son assiette. une fois, elle m'a laissé jeûner 24h avec juste un crouton de pain rassis et d l'eau pour que je sache ce que c'était le faim..j'avais 9 ans à peine,
je m'en rappelle encore aujourd'hui. Pas de tendresse non plus chez moi..
j'arrête, j'ai déjà la boule dans la gorge là..

Unknown a dit…

C'est en lisant tout cela que je me dit que j'ai eu de la chance, j'ai été une enfant désirée et aimée, on ne m'a jamais poussée au régime à tout prix, de temps en temps on me disait tu devrai fair eun peu attention pour ta santé, mais jamais rien de méchant, juste un peu d'inquiétude mélée d'amour (à l'époque on pensait encore que la nourriture était la seule responsable de la prise de poids), mais mon père m'a toujours dit que j'étais belle : " ne t'inquiètes pas c'est bien réparti chez toi, c'est harmonieux" (100 kilos sur la balance quand même à l'époque), je sais que j'ai eu de la chance quand je vois vos écrits et ceux des autres mais je souffre de voir qu'il y en a si peu dans mon cas. Quand au journal de mickey, je me souviens que ma mère m'emmenait parfois avec elle à son travail, elle lisait "nous deux" dans le train et moi mickey et ensuite nous échangions nos lecture sous l'oeil amusé des passagers. Maman, tu me manques tellement !