
J’ai grandi… J’ai suivi mon petit bonhomme de chemin… À la maison, tout se passait toujours de la même façon…
Et puis, il y eu cette fameuse discussion.
Un samedi après midi, ma mère et ma tante (sa sœur jumelle, que je considérais comme ma « deuxième mère ») décident de me parler.
Les maris sont devant la télévision, dans le salon, pour regarder un match de foot… Mon frère et mes cousins, eux, sont dans une chambre en train de jouer.
Je me souviens de ce moment comme si c’était hier… J’étais en CM2, j’avais 10/11 ans. Il y avait un doux soleil qui baignait la pièce, dans l’entrebâillement des volets. Il faisait chaud, la fenêtre était ouverte.
Je me suis assise là, dans la cuisine, au bout de la table. Ma mère, face à moi, et ma tante à ses côtés…
La discussion s’annonçait « officielle », on avait même fermé la porte.
Je sentais bien qu’on tournait autour du pot, et puis, l’air de rien, la question était tombée : est-ce que tu sais ce que c’est les règles ?
Il faut dire qu’à cette époque, on était super nunuches… On n’y connaissait rien.
Moi, une règle, je savais bien ce que c’était, mais pourquoi en parler au pluriel… ?
Et puis, je me suis souvenue, que dans la cour de récréation, des copines avaient utilisé ce mot-là… Elles avaient ensuite gloussé, et moi, j’avais rien compris.
Une chose était sure, cela devait être grave pour que l’on me convoque ainsi, et que l’on ferme la porte…
Je ne me souviens plus exactement des mots utilisés… du sang… qui coule… mal au ventre… se cacher… Mais je ressens encore cette impression de quelque chose de grave, d’important… Et puis, une sorte de peur, d’angoisse mêlées de tristesse qui m’a ensuite envahie…
Et puis, plus rien… Je m’étais empressée d’oublier ce moment.
La rentrée en 6ième arrivait à grands pas…
Le collège, l’école des grands !!!
C’est là que j’ai commencé à grossir. C’est également là que j’ai eu mes premières règles.
J’étais grosse… Ça y est… Oh pas grosse… Énorme… Mais je pesais déjà 60/65 kilos… J’étais ronde, mais on m’appelait la grosse.
Mon année de 6ième a été une véritable catastrophe. Il faut dire que le collège dans lequel j’étais n’était pas génial.
Du coup, alors que j’avais déjà du mal à me faire des potes, ma mère a décidé de me mettre à l’école privée l’année suivante.
Et cela n’a pas arrangé les choses.
Dans la résidence où j’habitais, tout le monde allait au collège, et moi à l’école privée… On n’avait pas les mêmes horaires, pas les mêmes transports, du coup… Je ne voyais plus personne.
Dans cette école, il n’y avait que des filles… Alors, j’ai grandi loin des garçons… Pas trop de tentations, mais pas trop de relations non plus.
La nuit, avant de m’endormir, je me racontais des histoires ou de beaux garçons m’aimaient, des histoires dont j’étais l’héroïne.
Tantôt j’étais une sorte de super woman de l’armée, dans des services spéciaux, entourée uniquement d’hommes, traitée à la dure, sorte de GI Jane… À chaque fois, j’étais blessée, mais à chaque fois, je pouvais compter sur la solidarité de mon groupe, personne ne m’abandonnait, et j’étais même portée en triomphe pour mon courage.
Tantôt j’étais garde du corps du président des Etats-Unis, blessée au combat, et protégée…
Tantôt j’étais la petite amie du leader d’un groupe de musique super connu…
Dans toutes ces histoires, je souffrais, j’étais agressée, mais on me venait toujours en aide, j’étais toujours choyée, etc.
Mais pas une seule relation avec un garçon… rien de vrai…
Et ces kilos qui ont continué à s’accumuler sur la balance, bien régulièrement, 10 par an !
À la maison, c’était toujours la même chose.
Je n’avais pas le droit d’amener d’amis à la maison, pas trop le droit de sortir.
Au plan scolaire… Je m’ennuyais… À mourir !
J’avais l’impression qu’on passait des heures à expliquer des trucs évidents… Du coup, je glandais !
Je n’ai jamais appris un cours… En écoutant, même de façon distraite, je retenais.
Mais j’avais souvent des mauvaises notes, car je ne foutais rien.
Plus tard, je ferais des tests qui révèleront que j’étais une enfant précoce… Mais une enfant précoce… Il y a 30 ans… On n’en faisait rien de plus !
Ces mauvaises notes finissaient par me coûter des heures de colle.
C’est que ça ne rigolait pas dans cette école… Uniforme et discipline !
Pas de maquillage, pas de décolleté, pas de robes ou t-shirt à bretelle, pas de collant, pas de vernis à ongle, pas de talons, etc.
Ces heures de colle, il fallait les faire signer par les parents.
Une heure de colle, à la maison, c’était à coup sûr une trempe, des cris.
Du coup, je les faisais signer à mon père.
Il les signait, en ronchonnant que c’était pas bien, et qu’il le faisait pour que ma mère ne râle pas.
Mais trouvait-il anormal que ma mère me tabasse ainsi, cherchait-il à me protéger, ou juste à avoir la paix à la maison ?
Je connais la réponse !
Pourquoi n’est-il jamais intervenu ?
Arrivée en 4ième, quand même, on s’est dit qu’il fallait peut-être faire quelque chose par rapport à mon poids. Je me souviens, il me fallait, à l’époque, des jeans en 48 !
Alors, mon oncle, qui était mon médecin, proposa de m’envoyer à l’hôpital durant une semaine…
1 commentaire:
Dans cet épisode je me retrove assez (du moins coté études). Tout comme toi, je ne savais pas ce qu'était faire des devoir et je m'ennuyais ferme.
Les seules matières que j'aimais étaient littérature et Histoire.
Lorsqu'en 3eme on a voulu m'orienter en technique mes parents s'y sont opposés (moi je m'en foutais).
Alors ma directrice (école privée catho aussi) sur de son fait m'a envoyé au CIO passer des test.
Et là patatra, j'avais un niveau très supérieur à celui des enfants de mon âge.
Autant te dire que ça n'a pas arrangé mes affaires à la maison. car je n'avais plus aucune excuse d'avoir de mauvais résultat, si ce n'est une paresse de belle envergure.
Tant bien que mal (et plutot que mal) je suis arrivée au bac par miracle.
Ce n'est qu'à la fac que je me suis mise à bosser.
Qu'en personne n'était plus derrière moi pour m'y obliger.
Sandrine
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