jeudi 6 septembre 2007

GROSSIR D' AMOUR (3)


De mon enfance, je garde en tête les milliers d’heures passées à jouer avec mon frère… Un vrai bonheur !

Les légo, les jeux de société, tout y passait !

Je garde aussi à l’esprit ces heures passées à table, à refuser de manger, ces séjours dans les escaliers avec mon assiette… Le fait de ne pas faire de bruit, car mon père dormait (normal puisqu’il travaillait la nuit)… Les vacances à 8, et… Le vide… La peur.

Ma mère a toujours été une femme efficace… Mais peu démonstrative.

Pas de câlins, pas de jeux avec nous, pas d’encouragements, pas de félicitations.

Beaucoup d’exigence, nous devions toujours être impeccables, bien se tenir, revue de chambre chaque week-end, etc.

Je n’ai absolument aucun souvenir de tendresse, de caresse.

Moi, de mon côté, j’étais dans la provocation. Je répondais, je désobéissais… Enfin pas plus que les autres… Mais souvent !

Elle disait que je faisais tout pour la mettre à bout… C’est certainement vrai… je voulais qu’elle s’occupe de moi, peu importe la mannière.

Elle perdait rapidement patience, et sa réponse était toujours la même… Elle frappait !

Oh, pas une claque, ou une petite tape sur les fesses… Non, elle frappait… Avec les chaussons, avec une règle, avec un martinet, avec ses mains…

À chaque fois, j’avais ce sentiment que j’allais y passer, à chaque fois.

Ce n’était plus elle, dans ces moments-là, elle perdait totalement le contrôle d’elle-même !

Elle me poursuivait dans la maison, car je partais en courrant, m’attrapait par les cheveux, me soulevait du sol, et me laissait là, le plus souvent dans ma chambre, en sanglots, avec mes douleurs.

Mais il y avait pire que les coups ! Ensuite, souvent, elle m’ignorait totalement, durant plusieurs jours. Pas un mot, pas un regard… Comme si je n’étais pas là… Plus là…

La souffrance était indicible…

Je me souviens d’une fois ou, n’en pouvant plus, j’avais écrit un petit mot sur une petite feuille de papier de couleur.

C’était un dimanche soir, je devais avoir entre 7 et 10 ans…

Je ne trouvais pas le sommeil, et j’avais écrit, la peur au ventre, et saisissant mon courage à deux mains : « Mes chers parents, je crois que vous ne m’aimez pas. »…

J’avais couru jusqu’à leur chambre, espérant que personne ne sorte à ce moment-là, et je l’avais déposé là, devant la porte, bouteille lancée à la mer (mère).

Je m’étais précipitée jusqu’à mon lit, et dans le silence de la nuit, dans l’angoisse qui l’accompagnait toujours, j’avais attendu, le cœur battant, que l’un de mes parents sorte de la chambre, et tombe sur ce mot.

C’est sûr, en voyant cela, ils allaient comprendre ma douleur, ma peine, mon désespoir. Il m’avait fallu tellement de courage pour trouver la force de faire ce geste… Il m’avait fallu rassembler tellement d’énergie pour lancer cet ultime appel au secours, qu’en le voyant, ils ne pouvaient que venir me rejoindre dans ma chambre, et m’embrasser, me rassurer !

Au bout d’un moment qui m’avait paru interminable, la porte s’est finalement ouverte, le mot a été ramassé… J’attendais, fébrile, terrorisée, et avec un tel espoir…

Je ne fus pas déçue !

Quelques secondes plus tard, ma mère est entrée comme une furie dans ma chambre, en hurlant un truc du genre « mais qu’est-ce que c’est encore que ces conneries », en me disputant, et en accompagnant ses paroles d’un geste bien senti !

Je peux encore aujourd’hui ressentir la sidération qui a été la mienne à cet instant… Je ne pouvais pas croire ce qui venait de se passer… Non, cela ne pouvait pas être vrai… Je ne pouvais pas subir encore « ça »…

Car si j’y croyais, alors, il n’y avait plus d’espoir, autant mourir, autant abandonner la bataille…

Et puis, et puis… La vie à continué.

Je ne sais pas pourquoi, certaines personnes ont une sorte de flamme de vie, tout au fond d’eux, qui refusent de s’éteindre… Impossible de partir, impossible de lâcher prise… Peut-être, finalement, impossible de perdre totalement espoir !... Je suis une de ces personnes… Bien malgré moi !

Pourtant, aujourd’hui encore, quand j’y pense, je n’arrive pas à me dire que j’ai eu une enfance malheureuse, car, à côté de tout cela, il y avait de vrais moments de bonheur, comme ces longues heures passées à jouer avec mon frère, ou ces fous rires en famille…

Finalement, je crois que ce qui m’a le plus marqué, presque au fer rouge, c’est le silence !

Le secret, l’omerta, le silence de tout l’entourage.

Tout le monde savait ce qui se passait à la maison, et jamais personne ne m’a tendu la main… Ni à moi, ni à ma mère, pour l’aider.

Car, je le crois intimement, on n’a pas ce comportement avec son enfant sans avoir souffert ou probablement continué à souffrir soi-même immensément.

Mon père n’a rien dit, ma tante n’a rien dit, mes grands-parents n’ont rien dit, mon oncle (médecin) n’a rien dit, l’école n’a rien dit, les voisins non plus…Tout le monde s’est tu !

Il ne faut pas chercher bien loin d’où me viens de besoin de toujours l’ouvrir aujourd’hui ! lol

2 commentaires:

Vertige a dit…

Le silence... Tous ces non dits, ces secrets, ces tabous et tous ces gens qui savent mais qui se mêlent de leurs affaires. On enfle à retenir tout ça en dedans.

Je viens de découvrir ton blog. Merci de partager ça.

Anick
www.jaifaimjemange.blogspot.com

Unknown a dit…

Je suis très émue de t'avoir lu.
Je suis tout les jours l'avancée de ton blog.
Mais la détresse de la petite fille que tu étais serre mon coeur...
Sandrine