vendredi 14 septembre 2007

GROSSIR D' AMOUR (6)


J’ai donc poursuivi mes études, en m’embêtant copieusement en classe, en continuant à grossir, en devenant carrément grosse, en continuant à prendre des raclées, et en continuant à souffrir en silence…

De ma bouche, tout entrait, mais rien ne sortait !

Et c’était un peu pareil pour toute la famille…

Enfin, tout entrait… Toujours les mêmes aliments depuis toutes ces années, triés sur le volet !

Fin de troisième, que faire… Pas d’envie… j’sais pas…

Arrivée à l’Ecole Commerciale de jeunes Filles de la Chambre de Commerce et d’industrie de Paris… Sisi, j’vous jure, ça existe !!!

École super cotée… École de filles… Toujours !...

Je continue à m’ennuyer et à grossir, et je deviens vraiment grosse… J’ai du mal à m’habiller, je dépasse les 100 kilos, j’ai 16/17 ans…

Je passe mon bac, mon diplôme, je suis en avance, je n’ai que 18 ans…

Ah, tiens, le bac… C’est intéressant, car dans ma famille, j’étais la première à le passer… J’étais la plus « grande » !

On va chercher les résultats, et ça y est, je l’ai !

Mon oncle et ma tante arrivent à la maison, avec un gros bouquet de roses (énormes… Les fleurs et le bouquet), dans un superbe vase que j’ai toujours !

Le bac, ça se fête !

Du côté de mes parents, j’aurais droit à un « c’est bien, bravo » de mon père, et à un « ah quand même, tu as fini par te mettre à bosser » de ma mère !!!!

Enfin… Bref, la routine ! lol !!!

Puis, à la sortie des études, l’envie de continuer, les profs qui poussent pour rentrer à HEC, mais pour mes parents, ça suffit bien, j’ai mes diplômes, faut aller bosser.

Fin juin, le diplôme, je viens juste d’avoir 18 ans, juillet vacances en famille, dans le clan, comme d’habitude, et début août, recherche de travail.

Premiers CV, premières lettres de motivation, premières petites annonces.

Et la pression… De ma mère qui me dit au bout de 15 jours que si je ne trouve pas, ça va aller mal.

Oh, trouver du boulot, avec mon diplôme, c’était facile, à l’époque, aucune difficulté.

Mais moi, quelque chose était né en moi… L’ambition, l’envie d’y arriver, l’envie de faire quelque chose de ma vie, l’envie de réussir, l’envie de laisser une trace, l’envie de gagner de l’argent, l’envie d’être ENFIN reconnue, et… Peut-être l’espoir, un jour, d’avoir des félicitations de ma mère.

Pour elle, ce qu’il faut, c’est entrer dans l’administration. La sécurité de l’emploi, un petit job pépère… Tout ce qui me fait gerber !

Moi, j’ai envie de bosser dans l’informatique, dans la pub, etc.

Pas facile, car l’informatique arrive tout juste en France, nous sommes 83 ! Les premiers pc sont un luxe quasi inaccessible, y compris pour les plus grosses sociétés.

Alors, finalement, je rentre dans une grosse boîte de pub.

Le quartier de la Défense, des bureaux ou je suis considérée comme inexistante… Des filles super minces, super branchouilles, super pétasses, et… Moi !!!

Moi et mes kilos, moi et ma façon ringarde de m’habiller, mon et ma façon de passer mon temps à m’excuser d’exister…

Moi, et une super-woman à l’intérieur de moi, cachée par un gros corps, et l’impression de ne pas exister…

Moi, et la pub, finalement, cela n’aura duré de 15 jours.

Je trouve autre chose, je donne ma dem !

Commentaire de l’époque : dans le pub, y’en a un qui pense, qui imagine, et 100 qui font de la merde autour. Si je ne suis pas celui qui pense, qui imagine, alors ça ne m’intéresse pas !

De grandes idées à l’intérieur, et un extérieur qui ne suit pas ! lol

Du coup, me voici propulsée dans une petite PME d’import export…

Rien à voir, l’opposé… Un truc super familial, avec un patron type patriarche que l’on appelle Monsieur Jean (il a 28/30 ans, j’en ai 18 !!!), bref, une caricature…

Mais je m’y suis bien trouvée.

Là, très vite, j’ai pu gravir les échelons, et surtout, multiplier mon salaire par deux, en un an ½.

Là, enfin, on reconnaissait mes qualités.

Je gagnais de l’argent que je dépensais totalement !

Rien n’était assez beau pour ma famille : immenses bouquets de fleurs pour ma mère, maroquinerie de luxe, bouffe des grands traiteurs, argent de poche pour mon frère qui était encore à l’école, cadeaux pour mon père, coup de pouce pour finir le mois, car mon père gagnait un peu moins et que mon frère fréquentait une école assez chère.

Tous les mois, je versais une « pension » à ma mère… Je me souviens, au début, c’était 1000 francs… Cet argent servait à manger, payer les frais de la maison, etc.

C’est durant cette période que j’ai rencontré Xavier, l’année de mes 20 ans.

Quand je l’ai vu, le signal « ALERTE ROUGE » s’est mis à s’allumer dans ma tête, vous savez, un peu comme dans ces sous-marin en temps de guerre… Ouin, ouin, ouin, et le panneau alerte rouge qui clignote ! c’était ça !

Il va totalement changé le cour de ma vie !

jeudi 6 septembre 2007

GROSSIR D' AMOUR (5)


Tout avait donc commencé par un rendez-vous chez un spécialiste à l’hôpital.

C’était une femme, jolie, mince, élégante… Et pas très sympathique.

Moi, d’ailleurs, j’avais rien demandé, et puis je ne comprenais pas pourquoi, alors que personne ne m’avait jamais rien dit dans ma famille, y compris mon oncle, mon médecin, pourquoi d’un seul coup, c’était tellement urgent, qu’on m’envoyait là-bas !

Je devais manquer l’école en plus, et les professeurs, informés de la démarche par ma mère, semblaient dire que c’était une très bonne chose !!!

Mais moi, j’avais rien demandé !

Il faut dire, que pour manger, c’était pas la joie.

Depuis ma plus tendre enfance, je mangeais toujours la même chose !

J’avais pourtant 13/14 ans maintenant, mais rien n’avait changé.

Pas de fruits, pas de légumes, pas de riz, pas de pâtes, uniquement des frites et des pommes de terre sautée.

Pas de viande rouge (ou alors 50 grammes très cuite), pas de viande en sauce, en fait, poulet rôti, steak haché, et escalope pannée uniquement.

Pas de poisson, à par la sole. Pas de jambon, pas de charcuterie, pas d’oeuf.

Pas de salade, pas d’assaisonnement, pas de crudité, pas de fromage, à part de la vache qui rit.

Pas de yaourts aux fruits, pas de café, pas de thé, rien avec des morceaux.

Mon plat préféré : du pain du beurre, et du chocolat !

Des bonbons, des gâteaux (pas aux fruits)…

Il a donc été décidé de m’hospitaliser durant une semaine !

Glurps, j’allais être hospitalisée loin de chez moi (alors que je n’avais jamais quitté ma famille), et je savais déjà que je n’aurais presque pas de visites !

C’est mon père qui m’a déposée un après-midi.

Je ne savais même pas pourquoi faire d’ailleurs !

On m’a installée dans une chambre où il y avait deux dames… L’hôpital était en travaux !

À côté de moi, une vieille dame qui avait été hospitalisée pour des problèmes cardiaques, et à côté d’elle une dame qui avait une jambe dans le plâtre et qui ne pouvait pas bouger !!!

La première nuit est arrivée…

En toute fin de soirée, la dame d’à côté, qui n’avait pas le droit de se lever à cause de ses problèmes cardiaques, a décidé d’aller aux toilettes seule.

Au bout de quelques minutes, sa voisine qui a entendu du bruit, s’est inquiétée et a fini par appeler les infirmiers.

Moi, j’avais rien entendu.

L’infirmière est arrivée, et la vieille dame était morte dans les toilettes.

Ils l’ont attrapée à plusieurs, et l’on mise sur son lit, à côté de moi…

Puis, au bout d’un long moment, ils ont mis un paravent en tissus entre elle et moi.

Il aura fallu plusieurs heures pour que les brancardiers viennent l’emmener… Et il n’y aura eu qu’un infirmier pour venir me consacrer deux minutes pour me demander comment j’allais…

Comment j’allais… Je ne savais pas… Bien je crois… Je ne comprenais pas ce que je faisais là, tout cela semblait si irréel !

Le lendemain matin, une équipe est venue, et à nettoyer le lit de la dame, un grand nettoyage, puis une autre dame a pris sa place…

J’avais 13/14 ans !!!

La diététicienne est venue et m’a demandé ce que je mangeais… Elle a ouvert des yeux ronds comme des soucoupes.

C’était l’époque ou le régime, c’était le régime ! On discutait pas !

Durant ma semaine à l’hôpital, j’ai mangé chaque jour :

Un bol de régilait avec de la sucrette, un petit pain, et un morceau de beurre, le matin. Un fromage blanc avec de la sucrette, et un morceau de pain le midi et le soir.

Rien de plus, rien de moins, car je ne pouvais pas manger ce qu’on me servait !

Ce n’est pas que je ne voulais pas, mais je ne pouvais pas.

J’étais incapable de mettre ces aliments dans ma bouche, c’était une phobie. Ce n’était pas un caprice, je ne mangeais rien d’autre car je ne pouvais pas le faire !

Ma mère a du venir me voir une seule fois, car elle travaillait.

Ma tante est venue me voir deux fois.

Elle m’a apporté, en douce, un blanc de poulet, et 3 biscottes sans sel !!!

On m’a fait des tas d’examens… Et puis, à la fin du séjours, on a fait le bilan.

J’avais perdu 200 g !!! On m’a dit que c’était impossible, que j’avais du manger en douce !!!

Ensuite, j’ai revu le Docteur Delas.

Inutile de vous dire que quand cette « dame » m’a proposé de me mettre au régime, ça n’a pas été facile…

Je ne pouvais manger de viande que si c’était accompagné de frites ou de pomme de terre sautées…

Du coup, on a transigé pour un peu de viande, et 5 pommes dauphines surgelées par repas, un petit morceau de pain, un truc genre vache qui rit allégé, et un yaourt nature avec de la sucrette !

Pas de gâteaux, pas de chocolat, rien !

J’ai fini par perdre du poids : environ 8 kilos en 6 mois, je crois… Ma santé aussi je crois !

Ce médecin avait également recommandé à ma mère de m’adresser à un psy.

Elle avait fait une lettre de recommandation.

Dans cette lettre, elle disait au psy qu’il devait y avoir un problème, car je lisais encore mickey (ce que faisaient certaines de mes copines de l’époque).

Je ne voulais pas y aller, et ma mère, en lisant la lettre avait estimé que cela ne serait pas nécessaire !

D’ailleurs, un psy, elle en avait déjà vu un avec moi quand j’étais petite.

Il lui aurait dit : « Madame, votre fille n’a rien, elle va très bien, elle a juste besoin de vous ! », ce qu’elle avait interprété par : c’est donc juste pour me faire chier, c’est du cinoche !

J’ai suivi ce régime 6 mois, j’ai arrêté, et on n’en a plus jamais parlé !

GROSSIR D' AMOUR (4)


J’ai grandi… J’ai suivi mon petit bonhomme de chemin… À la maison, tout se passait toujours de la même façon…

Et puis, il y eu cette fameuse discussion.

Un samedi après midi, ma mère et ma tante (sa sœur jumelle, que je considérais comme ma « deuxième mère ») décident de me parler.

Les maris sont devant la télévision, dans le salon, pour regarder un match de foot… Mon frère et mes cousins, eux, sont dans une chambre en train de jouer.

Je me souviens de ce moment comme si c’était hier… J’étais en CM2, j’avais 10/11 ans. Il y avait un doux soleil qui baignait la pièce, dans l’entrebâillement des volets. Il faisait chaud, la fenêtre était ouverte.

Je me suis assise là, dans la cuisine, au bout de la table. Ma mère, face à moi, et ma tante à ses côtés…

La discussion s’annonçait « officielle », on avait même fermé la porte.

Je sentais bien qu’on tournait autour du pot, et puis, l’air de rien, la question était tombée : est-ce que tu sais ce que c’est les règles ?

Il faut dire qu’à cette époque, on était super nunuches… On n’y connaissait rien.

Moi, une règle, je savais bien ce que c’était, mais pourquoi en parler au pluriel… ?

Et puis, je me suis souvenue, que dans la cour de récréation, des copines avaient utilisé ce mot-là… Elles avaient ensuite gloussé, et moi, j’avais rien compris.

Une chose était sure, cela devait être grave pour que l’on me convoque ainsi, et que l’on ferme la porte…

Je ne me souviens plus exactement des mots utilisés… du sang… qui coule… mal au ventre… se cacher… Mais je ressens encore cette impression de quelque chose de grave, d’important… Et puis, une sorte de peur, d’angoisse mêlées de tristesse qui m’a ensuite envahie…

Et puis, plus rien… Je m’étais empressée d’oublier ce moment.

La rentrée en 6ième arrivait à grands pas…

Le collège, l’école des grands !!!

C’est là que j’ai commencé à grossir. C’est également là que j’ai eu mes premières règles.

J’étais grosse… Ça y est… Oh pas grosse… Énorme… Mais je pesais déjà 60/65 kilos… J’étais ronde, mais on m’appelait la grosse.

Mon année de 6ième a été une véritable catastrophe. Il faut dire que le collège dans lequel j’étais n’était pas génial.

Du coup, alors que j’avais déjà du mal à me faire des potes, ma mère a décidé de me mettre à l’école privée l’année suivante.

Et cela n’a pas arrangé les choses.

Dans la résidence où j’habitais, tout le monde allait au collège, et moi à l’école privée… On n’avait pas les mêmes horaires, pas les mêmes transports, du coup… Je ne voyais plus personne.

Dans cette école, il n’y avait que des filles… Alors, j’ai grandi loin des garçons… Pas trop de tentations, mais pas trop de relations non plus.

La nuit, avant de m’endormir, je me racontais des histoires ou de beaux garçons m’aimaient, des histoires dont j’étais l’héroïne.

Tantôt j’étais une sorte de super woman de l’armée, dans des services spéciaux, entourée uniquement d’hommes, traitée à la dure, sorte de GI Jane… À chaque fois, j’étais blessée, mais à chaque fois, je pouvais compter sur la solidarité de mon groupe, personne ne m’abandonnait, et j’étais même portée en triomphe pour mon courage.

Tantôt j’étais garde du corps du président des Etats-Unis, blessée au combat, et protégée…

Tantôt j’étais la petite amie du leader d’un groupe de musique super connu…

Dans toutes ces histoires, je souffrais, j’étais agressée, mais on me venait toujours en aide, j’étais toujours choyée, etc.

Mais pas une seule relation avec un garçon… rien de vrai…

Et ces kilos qui ont continué à s’accumuler sur la balance, bien régulièrement, 10 par an !

À la maison, c’était toujours la même chose.

Je n’avais pas le droit d’amener d’amis à la maison, pas trop le droit de sortir.

Au plan scolaire… Je m’ennuyais… À mourir !

J’avais l’impression qu’on passait des heures à expliquer des trucs évidents… Du coup, je glandais !

Je n’ai jamais appris un cours… En écoutant, même de façon distraite, je retenais.

Mais j’avais souvent des mauvaises notes, car je ne foutais rien.

Plus tard, je ferais des tests qui révèleront que j’étais une enfant précoce… Mais une enfant précoce… Il y a 30 ans… On n’en faisait rien de plus !

Ces mauvaises notes finissaient par me coûter des heures de colle.

C’est que ça ne rigolait pas dans cette école… Uniforme et discipline !
Pas de maquillage, pas de décolleté, pas de robes ou t-shirt à bretelle, pas de collant, pas de vernis à ongle, pas de talons, etc.

Ces heures de colle, il fallait les faire signer par les parents.

Une heure de colle, à la maison, c’était à coup sûr une trempe, des cris.

Du coup, je les faisais signer à mon père.

Il les signait, en ronchonnant que c’était pas bien, et qu’il le faisait pour que ma mère ne râle pas.

Mais trouvait-il anormal que ma mère me tabasse ainsi, cherchait-il à me protéger, ou juste à avoir la paix à la maison ?

Je connais la réponse !

Pourquoi n’est-il jamais intervenu ?

Arrivée en 4ième, quand même, on s’est dit qu’il fallait peut-être faire quelque chose par rapport à mon poids. Je me souviens, il me fallait, à l’époque, des jeans en 48 !

Alors, mon oncle, qui était mon médecin, proposa de m’envoyer à l’hôpital durant une semaine…

GROSSIR D' AMOUR (3)


De mon enfance, je garde en tête les milliers d’heures passées à jouer avec mon frère… Un vrai bonheur !

Les légo, les jeux de société, tout y passait !

Je garde aussi à l’esprit ces heures passées à table, à refuser de manger, ces séjours dans les escaliers avec mon assiette… Le fait de ne pas faire de bruit, car mon père dormait (normal puisqu’il travaillait la nuit)… Les vacances à 8, et… Le vide… La peur.

Ma mère a toujours été une femme efficace… Mais peu démonstrative.

Pas de câlins, pas de jeux avec nous, pas d’encouragements, pas de félicitations.

Beaucoup d’exigence, nous devions toujours être impeccables, bien se tenir, revue de chambre chaque week-end, etc.

Je n’ai absolument aucun souvenir de tendresse, de caresse.

Moi, de mon côté, j’étais dans la provocation. Je répondais, je désobéissais… Enfin pas plus que les autres… Mais souvent !

Elle disait que je faisais tout pour la mettre à bout… C’est certainement vrai… je voulais qu’elle s’occupe de moi, peu importe la mannière.

Elle perdait rapidement patience, et sa réponse était toujours la même… Elle frappait !

Oh, pas une claque, ou une petite tape sur les fesses… Non, elle frappait… Avec les chaussons, avec une règle, avec un martinet, avec ses mains…

À chaque fois, j’avais ce sentiment que j’allais y passer, à chaque fois.

Ce n’était plus elle, dans ces moments-là, elle perdait totalement le contrôle d’elle-même !

Elle me poursuivait dans la maison, car je partais en courrant, m’attrapait par les cheveux, me soulevait du sol, et me laissait là, le plus souvent dans ma chambre, en sanglots, avec mes douleurs.

Mais il y avait pire que les coups ! Ensuite, souvent, elle m’ignorait totalement, durant plusieurs jours. Pas un mot, pas un regard… Comme si je n’étais pas là… Plus là…

La souffrance était indicible…

Je me souviens d’une fois ou, n’en pouvant plus, j’avais écrit un petit mot sur une petite feuille de papier de couleur.

C’était un dimanche soir, je devais avoir entre 7 et 10 ans…

Je ne trouvais pas le sommeil, et j’avais écrit, la peur au ventre, et saisissant mon courage à deux mains : « Mes chers parents, je crois que vous ne m’aimez pas. »…

J’avais couru jusqu’à leur chambre, espérant que personne ne sorte à ce moment-là, et je l’avais déposé là, devant la porte, bouteille lancée à la mer (mère).

Je m’étais précipitée jusqu’à mon lit, et dans le silence de la nuit, dans l’angoisse qui l’accompagnait toujours, j’avais attendu, le cœur battant, que l’un de mes parents sorte de la chambre, et tombe sur ce mot.

C’est sûr, en voyant cela, ils allaient comprendre ma douleur, ma peine, mon désespoir. Il m’avait fallu tellement de courage pour trouver la force de faire ce geste… Il m’avait fallu rassembler tellement d’énergie pour lancer cet ultime appel au secours, qu’en le voyant, ils ne pouvaient que venir me rejoindre dans ma chambre, et m’embrasser, me rassurer !

Au bout d’un moment qui m’avait paru interminable, la porte s’est finalement ouverte, le mot a été ramassé… J’attendais, fébrile, terrorisée, et avec un tel espoir…

Je ne fus pas déçue !

Quelques secondes plus tard, ma mère est entrée comme une furie dans ma chambre, en hurlant un truc du genre « mais qu’est-ce que c’est encore que ces conneries », en me disputant, et en accompagnant ses paroles d’un geste bien senti !

Je peux encore aujourd’hui ressentir la sidération qui a été la mienne à cet instant… Je ne pouvais pas croire ce qui venait de se passer… Non, cela ne pouvait pas être vrai… Je ne pouvais pas subir encore « ça »…

Car si j’y croyais, alors, il n’y avait plus d’espoir, autant mourir, autant abandonner la bataille…

Et puis, et puis… La vie à continué.

Je ne sais pas pourquoi, certaines personnes ont une sorte de flamme de vie, tout au fond d’eux, qui refusent de s’éteindre… Impossible de partir, impossible de lâcher prise… Peut-être, finalement, impossible de perdre totalement espoir !... Je suis une de ces personnes… Bien malgré moi !

Pourtant, aujourd’hui encore, quand j’y pense, je n’arrive pas à me dire que j’ai eu une enfance malheureuse, car, à côté de tout cela, il y avait de vrais moments de bonheur, comme ces longues heures passées à jouer avec mon frère, ou ces fous rires en famille…

Finalement, je crois que ce qui m’a le plus marqué, presque au fer rouge, c’est le silence !

Le secret, l’omerta, le silence de tout l’entourage.

Tout le monde savait ce qui se passait à la maison, et jamais personne ne m’a tendu la main… Ni à moi, ni à ma mère, pour l’aider.

Car, je le crois intimement, on n’a pas ce comportement avec son enfant sans avoir souffert ou probablement continué à souffrir soi-même immensément.

Mon père n’a rien dit, ma tante n’a rien dit, mes grands-parents n’ont rien dit, mon oncle (médecin) n’a rien dit, l’école n’a rien dit, les voisins non plus…Tout le monde s’est tu !

Il ne faut pas chercher bien loin d’où me viens de besoin de toujours l’ouvrir aujourd’hui ! lol

GROSSIR D' AMOUR (2)



reprenons la chronologie…

1961 : mariage de mes parents
1965 : ma naissance
1967 : mariage de ma tante (avec un médecin)
1968 : naissance de mon frère et de mon cousin
1972 : naissance de mon deuxième cousin

On a toujours fonctionné en clan. Autour de ma mère et de ma tante, les maris, et les enfants, accessoirement ma grand mère (leur mère).

Week-end, vacances, on faisait tout à 8, parfois à 9.

Mes parents n’avaient pas d’amis, pas le temps.

Mon père travaillait de nuit, pour gagner plus de sous. Enfin, pour gagner plus de sous, et pas seulement, avec le recul…

Il bossait de nuit, donc il ne gérait rien. Il ne s’occupait pas des enfants, de la maison, de l’intendance… ma mère gérait tout !

C’était une force de la nature !

Deux enfants et une maison toujours impeccable. Une carrière menée de main de maitre.

Elle a fait toute sa vie professionnelle dans une grosse boite d’assurance.

A 16 ans, elle y était entrée (comme ma tante), après des cours chez Pigier, comme dactylo. Elle a fini sa carrière en tant de chef de service !

Très tôt, elle s’était dit qu’elle ne serait pas une « traine savate » ! Elle voulait réussir !

C’était aussi une force de la nature physiquement. Je me souviens, quand on allait faire les courses, elle prenait deux sacs dans chaque main, et hop hop, les trois étages… Elle devait porter au moins 15 kilos dans chaque main !

Elle se levait super tôt, nous réveillait, nous préparait, allait travailler, faisait les courses, la bouffe, la vaisselle, le linge, le ménage, la paperasse, s’occupait de tout !

De longueS journéeS !

Mais moi, tout ça, je m’en foutais !

Après son congé maternité, elle avait bien vite repris son travail. Il fallait faire rentrer de l’argent pour réussir, pour n’être pas des loosers !

J’avais donc été confiée à des nourrices…

Du coup, bah je mangeais pas… Déjà que depuis ma naissance, j’avais du mal avec la bouffe, là, ça ne s’arrangeait pas !

Je refusais tout !

On m’a gavée de bouillies !

Résultat, à un an, j’étais une vraie boule, comme on les aimaient à cette époque ! Un enfant, ça devait être grassouillet !

Mais rien ne s’est arrangé, et l’arrivée de mon frère n’a pas rendu la situation plus simple ! Je refusais toujours de manger, J'étais revenue à un poids standard !

Mon frère… Je ne me souviens pas de son arrivée dans la maison. En fait, quand j’y pense, j’ai deux sentiments qui me viennent. D’un côté un amour immense pour lui, je l’adore, vraiment, sincèrement, et de l’autre un gigantesque sentiment d’injustice !

Pourquoi, lui, n’a-t-il pas vécu ce que moi j’ai vécu ?!

C’est à priori à ce moment là que j’ai commencé à faire pipi au lit !

Quasiment toutes les nuits… Et cela a duré jusqu’à l’âge de 7/8 ans.

Je ne me rendais pas compte ! Le matin, je me levais, et mon lit était mouillé.

Ce dont je me souviens bien, en revanche, c’est de la terreur qui était la mienne au moment de me coucher. La nuit, tout me faisait peur… une ombre sur un rideau, la certitude, si je me levais, que quelque chose allait sortir de sous mon lit pour me manger, ou celle que quelque chose était là, derrière moi, ou la peur de sortir de sous les draps, persuadée que quelqu’un me saisirait par la main et m’emmènerait loin, ou encore, ces ombres que je sentais se pencher sur moi, robe et capuche de bure, avec une lueur rouge dans le fond de la capuche.

Du coup, me lever, était un enfer.

Il me fallait un temps infini pour oser sortir ma main de sous les couvertures pour allumer la lumière, et ensuite trouver la force de mettre un pied par terre, loin du lit, ma plaquer contre l’armoire pour être certaine que rien n’est derrière mon dos, oser ouvrir la porte, passer devant la porte de la salle de bain qui était toujours ouverte, et dont quelqu’un ou quelque chose pouvait surgir, et m’enfermer dans les toilettes…. Puis, refaire la même opération dans le sens inverse !

Une nuit que j’étais aux toilettes, j’ai posé mes mains de part et d’autre de la pièce, et touché les murs.

Cette petite astuce allait me permettre d’arrêter de faire pipi au lit.

A compté de ce jour là, je me suis conditionnée, et à chaque fois que l’envie de faire pipi venait, je regardais si je touchais les murs… si ce n’était pas le cas, c’est que je n’étais pas au toilettes, et qu’il fallait que je me retienne…

Mes nuits n’ont jamais été calmes...

à suivre

mercredi 5 septembre 2007

GROSSIR D' AMOUR (1)




Vous connaissez tous la fameuse expression « mourir d’amour »…

Moi, je ne sais pas pour quelle raison, je n’ai pas réussi à mourir d’amour, alors j’ai grossi d’amour !

Je suis née il y a 42 ans… Une jolie petite fille de 3 kilos 60…

Mes parents venaient de se marier, ils étaient jeunes et heureux à priori.

Ils me voulaient, et j’arrive, tout va bien !

Un tableau idyllique, pas une ombre ne plane, les photos sont charmantes, les parents beaux comme tout, et le bébé en bonne santé !

Le bonheur parfait, finalement.

Pourtant, ce bébé refuse de manger… Il pleure la nuit et dort le jour… Aujourd’hui, les pédiatres et autre psymachinchose s’en soucieraient, mais il y a 42 ans…

Je puise mes origines dans deux mondes bien distincts :

- Du côté de mon père :

Une famille ritale (les vrais… Ceux du sud) : un patriarche, mon grand père, qui a eu 4 enfants dont mon père… Un vrai rital, pour qui les filles doivent avoir les cheveux longs, ou le respect est de mise… Une famille relativement modeste, pas très cultivée, immigrée lorsque mes grands-parents n’étaient que des enfants.

De cette première vague d’immigration dont on disait les mêmes choses que des Arabes et des Noirs aujourd’hui : ils sont bruyants, ils sentent mauvais, etc.… L’arrivée des premiers restaurants exotiques en France aussi : les pizzerias, remplacées plus tard par des couscous, et maintenant par des kebab… lol…

Tient, c’est bizarre, on parle de mes origines, et déjà, on parle de bouffe ! lol.

Ma grand-mère avait tout de la mama ritale… ronde, aimante envers ses enfants, soumise à son mari, et un peu décalée.

- du côté de ma mère :

Là c’est tout autre chose, c’est plus complexe.

Ma grand mère était originaire du nord de la France. Une famille pauvre. Sa mère est décédée en mettant au monde d’un de ses frères et sœurs. Sa mère, c’était tout pour elle !

Elle s’est retrouvée seule avec son père et ses frères et sœurs. C’était l’aînée, un père alcoolique… Bref, très vite, elle a été placée comme bonne à tout faire dans une famille aisée de sa région.

C’est là qu’elle à croisé la route du père de ma mère (vous notez au passage que je ne l’appelle pas mon grand père, car je ne l’ai vu qu’une fois). Elle s’est retrouvée enceinte, et… ils ont dû se marier…

Mais lui était très volage.

Cette famille avait auparavant été très aisée, puisqu’ils étaient de riches banquiers… Pour je ne sais quelle raison, ils avaient perdu une bonne partie de leurs sous !

Bonne éducation, goût du luxe, etc.… tout y était !

Ma grand mère a accouché il y a 66 ans de jumelles, alors qu’elle ne savait pas qu’elle attendait deux enfants !

Bref, rapidement, ils se sont séparés, et j’avoue savoir assez peu de choses de cette époque.

Ma grand mère s’est donc retrouvée seule pour élever ses deux filles. Pas facile il y a 60 ans !!!

Depuis leurs naissances, ma mère était plus proche de sa grand mère (la mère de son père), et sa sœur était plus proche de leur mère... Vous suivez ! lol…

En fait, on peut dire que ma tante a été élevée uniquement pas ma grand mère, et que ma mère, elle, a été élevée en partie par sa mère, et en partie par sa grand mère… Cela se révèlera très important pour la suite !

Ma grand mère était une femme très dure, qui ne laissait pas transparaître ses sentiments… C’était en fait une boule de souffrance.

De taille moyenne, mince, toujours bien mise, et super courageuse, elle ne s’était jamais remise de la mort de sa propre mère… Alors, à la naissance de ses enfants, on imagine très bien ce qu’elle a dû ressentir… le manque si cruel de ne pouvoir partager cela avec sa propre mère.

Celles d’entre nous qui ont déjà eu des enfants peuvent certainement comprendre ce que je veux dire.

Quand, ensuite, elle se fait larguer pas son mari… Ces deux enfants ne représentent à ses yeux plus qu’une chose : la souffrance, le manque, l’absence.

Pourtant, malgré tout, elle sera toujours proche de ma tante… ma mère, elle, ressemblait plus à son père !

Et puis, coup du sort, elle était née la première, et avait donc directement atterri dans les bras de sa grand mère, en attendant la naissance du deuxième bébé.

Tout au long de leur vie de bébé, ma grand mère donnera le biberon à ma tante, tandis que ma mère sera nourrie par sa grand mère. Cela créera des liens.

La grand mère de ma mère était une vraie « bourge »… une très belle femme, avec une classe folle, une élégance naturelle, de l’éducation.

Ma grand mère était une femme très simple, qui avait vécu à côté des « riches », et s’était inspirée de leur façon d’être, mais de façon superficielle.

En tout cas, une fois les restes du magot familial englouti, mon arrière grand mère s’est mise à travailler. Elle vendait des bijoux sur les marchés. À l’époque, ça marchait super fort.

Souvent, ma mère allait la rejoindre.

Les jumelles ont grandi comme cela, à la fois soudée face à l’austérité et la dureté de leur maman, tout en entretenant un rapport dominant/dominée… ma tante refusant à ma mère le droit d’avoir des copines, par exemple !

Elles avaient également grandi en connaissant la pauvreté, et des conditions de vie assez drastiques : pas de chauffage, etc. Elles étaient frappées si elles n’obéissaient pas, et ma grand mère ne leur laissait jamais le droit de cuisiner, par exemple… pas de transmission de savoir…

Finalement, mes parents se sont mariés le 4 août 1964, et le 13 juin 1965, j’arrivais.

Ils ne roulaient pas sur l’or.

Il faut dire que du côté de mon père, le fric a toujours été un problème !

Ils en ont toujours dépensé plus qu’ils n’en avaient… Heureusement que mon grand père était là pour limiter la casse ! lol

Ils étaient beaux le jour de leur mariage.

Ils se sont mariés en janvier, car fin décembre il y avait un mois double de salaire.

Comme cela, ils ont pu donner un mois de salaire à leurs parents respectifs, et l’autre mois pour eux !

Les voici donc installés dans un meublé à paris, dans le 19ième.

Et quelques mois après, j’arrive…

La première… et je suis une fille… Peut-être le drame de ma vie !


à suivre ...

dimanche 2 septembre 2007

C'est la rentrée...


Et je ne peux m'empêcher de penser à la petite grosse qui va faire, elle aussi sa rentrée au milieu de ses camarades.

Ecole primaire, collège, lycée... et toujours la même rangaine... Toujours l'impression d'être différente, ou si on ne se sens pas soi-même différente, les remarques des autres qui nous le font bien sentir... les copains/copines, les profs, les médecins scolaire...

Et pusi, la tenue de la rentrée... Pas simple...

J'ai une pensée tout particulière pour les adolescentes...

Pas facile d'être grosse... en plus de tout ce que l'on doit surmonter à cet âge.

Et puis, il y a les relations avec les garçons...

Ahhhh... souvenirs, souvenirs...

il faudra que je vous en reparle...

moi j'ai commencé à grossir au moment de mon entrée en sixième... Jusque là, j'étais "normale"...

Et puis, 10 kilos par an...

Bien des souffrances de l'enfance refont surface au moment de l'adolescence.

Mais vous ne le savez que trop !

on va en reparler... pour l'instant il y a trop d'émotion autour de ce sujet ! Pas aujourd'hui...

La b(l)ague spéciale "grosse" !


Elle me fait mourrir de rire !

Mais, dans le fond, n'est-elle pas symptomatique de ce que tout le monde pense maintenant... Avant, quand on était gros, y'avait qu'à faire une régime...

Mais avec le temps, et comme tout le monde se met au régime sans arrêt, on comprend que c'est difficile...

Heureusement, il y a LA solution... Plus question de volonté, etc. c'est super simple ! Si on est gros, on n'a qu'à se mettre une bague... à l'estomac...

Franchement, c'est une question de savoir vivre... Quand on a un peu de respect pour soi-même et pour les autres...